Floki le viking : entre génie naval, fou de Dieu et pure invention scénaristique
Portrait rapproché d'un homme aux yeux cernés de noir, cheveux tressés et barbe nattée, expression à mi-chemin entre l'extase mystique et la folie. Lumière froide bleutée, fond brumeux évoquant les fjords nordiques.
Tu as ri devant ses grimaces, frissonné devant ses transes et pleuré devant son désespoir. Floki, c'est ce mélange improbable de Joker viking, d'ingénieur naval et de prêtre dément qui vole littéralement la vedette à Ragnar dans la moitié de ses scènes. Mais qu'en est-il du vrai personnage historique derrière ce visage tatoué ? Prépare-toi : la réalité est plus sobre, mais pas moins fascinante.
Floki, ce personnage qui vole chaque scène où il apparaît
Silhouette excentrique d'un guerrier effectuant des gestes théâtraux près de flammes, autres vikings observant en arrière-plan. Tons orangés, ambiance nocturne et tribale.
Avoue : sans Floki, la série Vikings perd 40 % de son charme. Le personnage incarné par Gustaf Skarsgård (oui, le frère d'Alexander, celui de True Blood) est un ovni narratif. Charpentier de génie, ami fidèle, mystique imprévisible, parfois traître, parfois sauveur.
Ce qui le rend si attachant ? Son imprévisibilité totale. Floki peut éclater de rire en plein massacre, pleurer devant un coucher de soleil, ou pousser un hurlement parce qu'un corbeau a volé devant lui. C'est l'anti-Ragnar parfait : là où Ragnar calcule, Floki ressent.
Et puis il y a son look. Cheveux mi-longs en désordre, yeux maquillés de noir, runes peintes, vêtements en lambeaux artistiques. Une esthétique « black metal scandinave avant l'heure » qui a inspiré des milliers de cosplays.
Mais attention : ce Floki-là, celui de Michael Hirst, est très, très loin de son modèle historique. La série a pris un nom célèbre dans les sagas… et a tout réinventé autour.
Le vrai Floki : Hrafna-Flóki Vilgerðarson, l'homme aux corbeaux
Un navigateur viking debout sur la proue d'un drakkar, tenant un corbeau prêt à s'envoler. Mer agitée gris-bleu, ciel chargé, cape battant au vent.
Le personnage historique existe bel et bien — et son surnom est encore plus cool que dans la série. Il s'appelait Hrafna-Flóki Vilgerðarson, ce qui signifie littéralement « Floki-aux-Corbeaux ». Pas besoin de te faire un dessin pour comprendre que ce mec avait une histoire à raconter.
Selon le Landnámabók (le « Livre de la colonisation » islandais, sorte de registre épique des premiers colons), Floki est l'un des tout premiers Scandinaves à avoir atteint volontairement l'Islande, vers 868. Pas par hasard : par projet.
Et pourquoi ce surnom ornithologique ? Parce qu'il aurait emporté trois corbeaux à bord pour trouver sa route. La technique :
- Premier corbeau lâché → revient vers l'arrière. La terre ferme est derrière.
- Deuxième corbeau lâché → tourne en rond. Pas de terre en vue.
- Troisième corbeau lâché → file droit devant. Direction à suivre.
Spoiler : ça a marché. Floki a trouvé l'Islande. Une méthode digne d'un GPS organique. Note bien que cette technique n'est pas une invention viking — elle est attestée dès l'épopée babylonienne de Gilgamesh. Mais Floki est sans doute le dernier marin à l'avoir utilisée pour découvrir une nouvelle terre.
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Le génie du drakkar : mythe ou compétence réelle ?
Atelier en bord de mer avec une coque de bateau viking en cours d'assemblage, copeaux de bois au sol et outils traditionnels. Lumière dorée filtrant entre les planches, ambiance artisanale et concentrée.
Dans la série, Floki est LE génie naval de Kattegat. C'est lui qui conçoit les bateaux capables de traverser l'océan. Joli arc narratif, mais historiquement, rien n'indique que le vrai Hrafna-Flóki ait été charpentier.
Cela dit, Hirst a eu raison de souligner cette compétence quelque part dans son casting : sans génie naval, pas de Vikings. Toute la civilisation scandinave de l'âge viking repose sur un objet — le drakkar — et sur les hommes capables de le construire.
Quelques chiffres pour comprendre la prouesse :
- Un drakkar de raid mesurait entre 17 et 30 mètres de long.
- Son fond plat permettait d'accoster directement sur les plages, sans port.
- Ses planches étaient assemblées à clin (les planches se chevauchent), une technique qui le rendait à la fois souple et rapide.
- Il pouvait atteindre 15 nœuds, soit environ 28 km/h. Pour un bateau du IXe siècle, c'est dingue.
Les charpentiers vikings — qu'on appelait skipasmiðr — étaient des artisans hyper-respectés, presque des chamanes du bois. Ils choisissaient leurs chênes des années à l'avance, parfois en fonction de la forme naturelle des troncs pour épouser celle de la coque.
Donc oui, un « Floki charpentier » est crédible historiquement, même si le vrai personnage n'avait probablement pas ce profil-là.
Floki et la foi païenne : un fanatique attachant
Personnage agenouillé dans un sanctuaire en bois, runes gravées sur les murs, statuettes d'Odin et Thor entourées d'offrandes. Lumière de bougies, atmosphère mystique et pesante.
L'arc narratif le plus puissant du Floki de la série, c'est sa foi viscérale en les anciens dieux. Il déteste le christianisme avec une intensité qui touche au fanatisme. Sa haine pour Athelstan, le moine devenu ami de Ragnar, est l'un des moteurs émotionnels de la série.
Là encore, c'est de la fiction pure. Mais cette fiction touche juste un point historique fascinant : la résistance païenne face à la christianisation de la Scandinavie a duré près de trois siècles.
Les Vikings n'ont pas plié sans broncher devant la croix. Quelques jalons :
- Vers 965 : le roi danois Harald à la Dent Bleue se convertit.
- Vers 1000 : l'Islande adopte officiellement le christianisme… par vote au Thing (l'assemblée populaire), pour éviter une guerre civile.
- Jusqu'au XIIIe siècle : des cultes païens persistent dans des poches rurales de Suède.
Floki incarne dans la série cette résistance. Il est l'âme païenne qui refuse de mourir, le défenseur d'Odin et de Thor face aux moines envahissants. Un beau symbole — même si le vrai Hrafna-Flóki, mort au IXe siècle, n'a probablement jamais eu à se poser la question.
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La colonisation de l'Islande : ce que la série change vraiment
Côte volcanique noire battue par les vagues, fjord brumeux et montagnes enneigées en arrière-plan. Lumière polaire rasante, tons gris-vert, ambiance d'isolement total.
C'est sans doute l'arc historique le mieux servi par la série. Floki découvre une terre nouvelle, l'appelle d'abord « Pays des Dieux », puis y mène une colonie qui tourne mal. Ça, c'est en grande partie fidèle à la légende.
Le vrai Hrafna-Flóki n'a effectivement pas eu de bol :
- Il aborde au sud-ouest de l'île, dans une région appelée aujourd'hui Vatnsfjörður.
- L'été se passe bien : pêche abondante, conditions correctes.
- Mais il néglige de faire des réserves de foin pour son bétail.
- L'hiver est terrible. Tous ses animaux meurent.
- Au printemps, il aperçoit un fjord rempli de glace dérivante…
- … et donne à l'île son nom définitif : Ísland, « le pays de glace ».
Oui, c'est littéralement Floki qui a baptisé l'Islande. Et pas avec le meilleur PR possible, on est d'accord. Ses successeurs auraient peut-être préféré quelque chose comme « Verdoyante Terre de Promesse » — d'ailleurs, l'astuce marketing inverse a bien marché plus tard pour le Groenland (« terre verte »), nommé ainsi par Erik le Rouge pour attirer des colons sur une île… recouverte de glace. Le storytelling viking, déjà.
Floki rentre en Norvège déçu, mais d'autres prendront le relais. Ingólfr Arnarson devient le « premier colon permanent » de l'Islande vers 874, fondant Reykjavík.
Pourquoi Floki reste le personnage le plus inoubliable de Vikings
Personnage seul de dos face à un horizon de fjords, bras légèrement écartés en signe d'offrande. Ciel violet et orange, mer calme, atmosphère contemplative et épique.
Pourquoi Floki dépasse Ragnar, Bjorn ou Lagertha dans le cœur de tant de fans ? Parce qu'il est le seul personnage complètement libre de la série.
Il ne joue aucun rôle social classique. Pas vraiment chef, pas vraiment guerrier, pas vraiment prêtre, pas vraiment artisan. Il est tout ça à la fois et rien à la fois. C'est un électron libre, et les électrons libres, à l'écran, c'est de l'or.
Quelques raisons concrètes de son succès :
- Une performance d'acteur exceptionnelle : Skarsgård transforme chaque tic en moment culte.
- Un arc narratif unique : il évolue de l'ami fidèle au mystique solitaire, sans jamais être prévisible.
- Un visuel iconique : les yeux noirs, les tatouages, la silhouette dégingandée le rendent reconnaissable en une seconde.
- Une dimension tragique : sa quête spirituelle finit en désillusion, ce qui résonne profondément.
Floki, c'est aussi le personnage qui rappelle que les Vikings n'étaient pas qu'une bande de brutes. Ils étaient aussi des explorateurs, des poètes, des mystiques. Des humains pétris de doutes et de croyances. La série n'aurait pas été la même sans lui.
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| Élément | Dans la série | Réalité historique | Verdict |
|---|---|---|---|
| Identité | Ami fidèle de Ragnar | Hrafna-Flóki Vilgerðarson, navigateur du IXe s. | Nom emprunté |
| Charpentier naval | Génie qui conçoit les drakkars | Aucune mention dans les sources | Invention |
| Les corbeaux | Anecdote secondaire | Trois corbeaux pour trouver l'Islande | Historique |
| Foi païenne radicale | Moteur émotionnel central | Probable mais non documentée | Romancée |
| Découverte de l'Islande | Arc narratif majeur | Attestée par le Landnámabók | Historique |
| Nom « Ísland » | Évoqué dans la série | Baptême par Floki au printemps 869 | Historique |
Conclusion
Floki, c'est deux personnages en un : un navigateur historique réel qui a baptisé l'Islande dans un moment de frustration, et une création télévisuelle géniale qui incarne l'âme païenne et créative des Vikings. Les deux méritent d'être connus, même si le second a largement dévoré le premier dans l'imaginaire collectif. La prochaine fois que tu relanceras Vikings, tu sauras que derrière le rire dément de Skarsgård se cache un vrai marin aux corbeaux. Et c'est encore plus cool comme ça.